Les aéroports français connaissent un ralentissement notable de leur trafic au début de 2026, mettant en lumière les effets d’une fiscalité aérienne jugée de plus en plus inadaptée. Ce phénomène intervient dans un contexte où la concurrence européenne gagne en dynamisme, alors que la France peine à retrouver son rythme d’avant crise sanitaire. Selon l’Union des aéroports français (UAF), la multiplication des taxes aviation pèse lourdement sur la croissance du secteur et menace l’attractivité économique et touristique des infrastructures aéroportuaires nationales.
En bref :
- Le trafic passagers des aéroports français a reculé de 0,8 % au premier semestre, marquant un coup d’arrêt post-Covid.
- L’augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) en 2025, notamment le triplement sur les vols intra-européens, est pointée comme un facteur déterminant.
- La concurrence internationale, en particulier au sein de l’Union européenne et dans des pays comme la Norvège et la Suisse, affiche une croissance de 2,6 % sur la même période.
- Le contexte géopolitique et la hausse des coûts du carburant amplifient les difficultés du secteur aérien français.
- L’UAF appelle le gouvernement à une révision de la fiscalité dans la prochaine loi de finances pour éviter un décrochage durable.
Les aéroports français face à une pénalité fiscale en pleine concurrence européenne
Au premier semestre 2026, les aéroports français ont accueilli 98,3 millions de passagers, soit une contraction de 0,8 % comparé à la même période en 2025, selon un communiqué de l’UAF, qui regroupe près de 150 plateformes aéroportuaires. Cette baisse survient alors que le reste de l’Europe, y compris les pays hors Union européenne comme la Suisse et la Norvège, enregistre une croissance globale de 2,6 % du trafic passagers sur la même période.
L’organisation souligne que cette perte de vitesse ne peut être entièrement attribuée à des éléments ponctuels comme le chantier de réfection à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, qui a limité l’accueil d’environ un million de voyageurs pendant quatre semaines. En effet, même après la réouverture complète des pistes en juin, le volume de passagers est resté inférieur de 1,9 % par rapport à juin 2025.
Ce recul témoigne d’un décrochage français face à une concurrence internationale bien plus dynamique, alors que la croissance cumulée du trafic en Europe est aujourd’hui supérieure de 6,9 % par rapport à 2019, contrairement à la France où ce chiffre diminue de 2,6 %.

Une fiscalité de plus en plus lourde qui freine le dynamisme
Le principal facteur invoqué par les professionnels réside dans la hausse substantielle des taxes aériennes instaurée en 2025. En particulier, la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) a été triplée sur les trajets intra-européens. Cette mesure, qui devait initialement répondre à des enjeux environnementaux, se révèle être un frein à la compétitivité du secteur aéronautique français.
Cette fiscalité accrue impacte directement la fréquentation des aéroports et favorise le report des vols vers d’autres hubs européens moins taxés. Par effet domino, plusieurs compagnies low-cost telles que Ryanair et easyJet ont d’ores et déjà réduit leurs fréquences ou fermé certaines lignes desservant la France, augmentant ainsi les coûts pour les voyageurs et réduisant le rayonnement international des infrastructures locales.
À cet alourdissement fiscal s’ajoutent des facteurs géopolitiques comme les tensions persistantes au Moyen-Orient, qui augmentent la volatilité des prix du carburant. Le secteur aérien se retrouve ainsi doublement pénalisé, avec une pression accrue sur les marges des compagnies et une diminution de la fréquentation des aéroports français.
Impact économique et perspectives pour les infrastructures aéroportuaires françaises
Au-delà des chiffres de fréquentation, la perte de vitesse dans les aéroports a un impact économique qui inquiète. L’aéronautique, secteur clé pour l’emploi et les échanges internationaux, souffre d’une fiscalité jugée pénalisante, mais aussi d’un cadre concurrentiel défavorable.
Les aéroports français, qui représentent un maillon essentiel dans la chaîne logistique et touristique, craignent une perte de parts de marché face à des plateformes européennes plus connectées et soutenues, comme le montrent les derniers développements à Heathrow ou Gatwick, sujets à des pannes mais disposant d’un environnement fiscal plus attractif (cf. actualité récente sur ces aéroports).
Les enjeux sont ensuite répartis sur :
- La nécessité de moderniser et étendre les infrastructures, comme l’illustre le cas de Zaventem ou Charleroi en Belgique, qui investissent pour capter un trafic croissant (projets d’extension).
- La défense de la compétitivité tarifaire pour continuent à attirer les compagnies et les passagers, sans alourdir le poids des taxes aériennes.
- La gestion des impacts environnementaux, un enjeu qui doit être concilié avec le développement économique et l’accessibilité du territoire.
- Le soutien aux zones régionales fragilisées, où la suppression de lignes aériennes pèse encore plus lourdement, menaçant la cohésion territoriale et le développement local.
Appel à un changement de cap dans la fiscalité aérienne
Face à cette situation, le président de l’UAF, Thomas Juin, a lancé un avertissement clair au gouvernement. Dans la perspective de la loi de finances 2027, dont le projet sera présenté à la fin septembre, il souligne que la France doit réviser son positionnement fiscal pour éviter un déclin durable.
Selon lui, la logique actuelle est contre-productive : la France risque de devenir une zone de survol plutôt qu’une destination d’atterrissage, car une fiscalité excessive pousse passagers et compagnies à privilégier des aéroports voisins. La crainte est d’un effet domino synonyme de moins de recettes, moins d’investissements dans les infrastructures aéroportuaires et moins d’emplois dans le secteur.