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En bref :
- Une campagne choc de PETA à l’aéroport d’Ajaccio interroge le rôle de l’élevage dans les incendies en Corse.
- Le message lie incendies, réchauffement climatique et élevage, déclenchant une controverse locale au fort enjeu identitaire.
- Les acteurs agricoles corses dénoncent une vision simpliste et demandent le retrait des affiches.
- Les experts soulignent que le pastoralisme contribue à limiter la propagation des feux en entretenant les paysages.
- La contribution de l’élevage aux émissions de gaz à effet de serre est reconnue, mais fortement modulée selon les systèmes et territoires.
- Cette campagne ouvre un débat sur la gestion des espaces naturels et la transition alimentaire, au cœur des enjeux environnementaux en Corse.
Campagne choc de PETA : incendies en Corse et accusations contre l’élevage à l’aéroport d’Ajaccio
Jeudi 20 août, les voyageurs débarquant à l’aéroport Napoléon-Bonaparte d’Ajaccio ont été surpris par une affiche signée PETA, militant pour la protection animale. Sur un fond de pins en flammes, le slogan « Ces ravages sont causés par l’élevage » s’imposait en caractères gras. Cette campagne choc établit un lien direct entre incendies, réchauffement climatique et pratiques d’élevage, provoquant une onde de choc dans une région où l’agropastoralisme a une dimension historique et identitaire forte.
Fondée en 1980, l’association PETA milite depuis longtemps contre l’exploitation animale, en prônant notamment l’adoption d’une alimentation végane. Pour l’association, le but est de sensibiliser le grand public à l’impact environnemental de l’élevage, mais aussi d’encourager une réflexion plus large sur les modes de consommation qui alimentent ces risques majeurs liés au changement climatique.

Une controverse locale entre tradition agricole et question environnementale
Alors que cette affiche a surtout été ignorée par la majorité des passagers, elle a suscité la colère des représentants agricoles insulaires. Romain Rubini, président de la filière élevage à la chambre d’agriculture de Corse, dénonce une vision simpliste, déconnectée de la réalité locale. Il rappelle que dans les zones où le pastoralisme disparaît, comme dans les Landes, les incendies ont fait des ravages plus importants. Il cite aussi l’exemple du Portugal, qui soutient activement l’élevage extensif pour lutter contre le risque incendie.
Les acteurs agricoles soulignent que ce mode d’élevage joue un rôle clé dans l’entretien des espaces ruraux corses, limitant l’embroussaillement et la continuité de la végétation combustible. Selon Paul Dallongeville de l’association U Sbirru, le pastoralisme instaure en effet une mosaïque paysagère où la végétation est prélevée, ce qui réduit la surface de biomasse disponible pour alimenter les feux. Ainsi, les élevages corses, fonctionnant notamment sans soja importé ni engrais chimiques, figurent parmi les moins émetteurs de gaz à effet de serre par hectare en Europe.
Élevage et réchauffement climatique : faits scientifiques et débats militants
La campagne de PETA revendique un lien direct entre élevage et incendies, s’appuyant sur des études scientifiques, bien que présentées sans toutes leurs nuances. Le chiffre mentionné de 73 % de réduction d’émissions lié à un régime végane provient d’une étude de 2018 dans la revue Science, mais représente un maximum théorique, variable selon les pays et modes de vie. En réalité, la contribution globale de l’élevage à l’effet de serre est estimée à environ 12 % à 14,5 % selon la FAO et d’autres sources récentes, cette part variant selon les filières et les systèmes agricoles.
Comparée aux émissions de transports, cette part est parfois mal comprise car on oppose souvent le cycle complet de l’élevage aux seules émissions directes des véhicules. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne préconise pas l’éradication pure et simple de l’élevage. Il recommande plutôt une transformation des systèmes vers plus de durabilité, combinée à une réduction des produits carnés au profit d’alternatives végétales.
Cette prise en compte nuancée soulève néanmoins la question clé pour la Corse, où l’agropastoralisme fait partie intégrante de la gestion des territoires et où la forêt côtoie des parcelles de pâturage extensif. Le recul du pastoralisme peut favoriser la continuité du couvert végétal, augmentant ainsi le risque de propagation des incendies.
L’élevage insulaire, un élément clé de prévention des incendies et de gestion environnementale
Au total, les incendies ayant frappé la Corse cet été ont détruit près de 1 700 hectares, principalement en zones montagneuses difficiles d’accès. La priorité actuelle porte donc sur une meilleure gestion combinée des espaces naturels, de l’élevage et des risques d’incendies. L’association U Sbirru, qui milite pour un pastoralisme retrouvé sur l’île, insiste sur la connaissance fine que les éleveurs ont des territoires et leur rôle actif dans la lutte contre l’embroussaillement.
En synthèse, les enjeux tournent autour de trois axes :
- Préservation des savoir-faire agricoles insulaires et maintien d’une mosaïque paysagère favorable;
- Adaptation des pratiques agricoles à la transition environnementale et aux recommandations du GIEC;
- Sensibilisation au rôle des modes alimentaires dans les émissions de gaz à effet de serre via des campagnes équilibrées et respectueuses des réalités territoriales.
Face à la polémique, la chambre de commerce précise qu’elle ne gère pas les espaces publicitaires de l’aéroport et ne soutient pas la campagne. Pour mieux comprendre les enjeux liés aux incendies d’été dans d’autres régions françaises, il est possible de consulter des cas similaires comme ceux observés récemment dans la Gironde ou à l’aéroport de Bordeaux.