Face à la recrudescence fulgurante des feux de forêt en région méditerranéenne et au-delà, la pénurie mondiale de bombardiers d’eau devient un sujet critique. Située à deux pas de l’aéroport Toulouse-Blagnac, la start-up Positive Aviation se démarque par une solution innovante : transformer un avion régional ATR 72 en un avion amphibie capable de larguer jusqu’à 8 000 litres d’eau. Ce projet, baptisé FF72, s’inscrit comme une réponse technologique majeure et une avancée stratégique pour la lutte anti-incendie dès 2027. Le modèle, né de l’expertise d’anciens ingénieurs d’Airbus, ambitionne de combler un vide crucial dans le secteur aéronautique en offrant un appareil robuste, efficace et adapté aux besoins actuels des services anti-feu dans le monde entier.
Depuis plusieurs mois, la start-up toulousaine s’active autour de la réception prochaine d’un ATR 72 acheté auprès d’une compagnie aérienne, qui servira de base à la transformation. L’objectif est clair : adapter cet avion de ligne régional en un bombardier d’eau amphibie, capable de toucher des zones isolées et d’opérer en autonomie depuis des plans d’eau. La transformation vise à retirer la cabine passagers, installer une console dédiée en cabine pour le suivi des paramètres en temps réel, et équiper l’appareil de flotteurs spécifiques. Cette adaptation ingénieuse positionne le FF72 non seulement comme un outil flexible, mais aussi comme un acteur essentiel dans les opérations de secours face à la multiplication des mégafeux.
Le premier démonstrateur, équipé de flotteurs pour une amphibie intégrale, doit débuter ses essais en vol à Toulouse dès la fin 2026 ou début 2027. Ces tests se dérouleront par étapes croissantes, avec une campagne initiale sur un ATR 72 modifié puis la pose progressive d’éléments aérodynamiques pour garantir stabilité et sécurité. Après cette phase, l’avion sera mis à l’eau à l’étang de Berre, près de Marseille, pour tester la poussée, la vitesse et la capacité à décoller depuis la surface. La dernière étape sera réalisée sur le lac de Biscarrosse pour des évaluations d’écopage (remplissage en vol).
Cette innovation technologique s’inscrit dans un contexte international de demande croissante pour des avions anti-incendie efficaces, alors que les modèles traditionnels – notamment les Canadair vieillissants – se font rares. Positive Aviation cible clairement ce marché en déployant un programme industriel ambitieux. À terme, la société prévoit une chaîne d’assemblage de 7 000 m2 sur la métropole toulousaine, capable de transformer jusqu’à douze appareils par an. Une usine dédiée à la fabrication des flotteurs devrait, elle, s’implanter dans le Morbihan.
Le projet FF72 repose sur deux versions distinctes : une version amphibie « S » avec capacité scoop de 8 000 litres d’eau rechargeables en quelques secondes, et une version « T » classique tanker, dotée d’une capacité de largage plus importante (10 000 litres) mais nécessitant un ravitaillement au sol. La start-up a déjà signé un contrat d’envergure avec Bridger Aerospace, un opérateur américain privé, pour la livraison de dix appareils d’ici 2029, ouvrant ainsi la voie à une dynamique de déploiement international.
Transformation de l’ATR 72 en avion amphibie : un défi technique au cœur de l’innovation aérospatiale
L’ATR 72, avion régional bien connu pour son efficacité et sa polyvalence, devient la base d’un projet audacieux. Transformer un appareil civil en bombardier d’eau amphibie nécessite une expertise approfondie, notamment dans les domaines de l’aérodynamique, de la mécanique et de la gestion des charges. Positive Aviation mobilise une équipe d’anciens ingénieurs Airbus pour relever ce défi technique ambitieux.
La première étape consiste à désassembler l’avion de sa configuration passagers. Cela implique de retirer tous les sièges, les aménagements cabine et certains dispositifs électroniques non essentiels à la mission anti-incendie. Ensuite, l’appareil sera équipé d’une console dédiée permettant à un ingénieur d’essai de suivre en temps réel plus de cent paramètres critiques du vol. Ce suivi est indispensable pour garantir la sécurité et l’efficacité des opérations, surtout lors des premières campagnes d’essais.
L’élément le plus innovant étant évidemment le système amphibie. Positive Aviation installe deux flotteurs de grande taille, de 18 mètres de long sur deux mètres de haut, sur chaque côté de l’avion. Ces flotteurs permettent à l’ATR 72 de poser ses roues sur la terre ferme ou de se poser sur des étendues d’eau, un avantage décisif pour le ravitaillement en eau sans retour nécessaire à un aérodrome. Les dérives supplémentaires à l’arrière ont été conçues pour compenser l’instabilité aérodynamique créée par ces flotteurs imposants.
La modulation progressive de cette transformation a pour but de maîtriser le comportement dynamique de l’appareil. Des vols d’essai initiaux seront réalisés sans modifications majeures, avant d’intégrer les dérives puis enfin les flotteurs. Cette précision des étapes est essentielle pour sécuriser le projet tout en capitalisant sur le design éprouvé de l’ATR 72.
Exemple concret : Lors des premiers tests, l’appareil devra démontrer une capacité à atterrir et décoller sur des plans d’eau variés, tout en conservant ses performances de vol essentielles. L’objectif est que l’avion soit aussi stable en mode amphibie qu’en mode classique, une prouesse technique inédite pour un avion régional converti.

Programme d’essais et de validation des prototypes dans le Sud-Ouest : un calendrier serré et exigeant
La campagne d’essais pour le démonstrateur FF72 est prévue en plusieurs phases clés, impliquant différents sites du Sud-Ouest français. Dès la mi-octobre 2026, des vols d’essais commenceront depuis l’aéroport de Toulouse-Blagnac, s’appuyant sur un ATR 72 peu modifié. Ces vols permettront d’observer le comportement de l’appareil en conditions aériennes normales, tout en collectant des données précises grâce aux capteurs embarqués.
Les phases suivantes incluent l’installation progressive des dérives et des flotteurs, puis le passage à des essais amphibies. L’étang de Berre, situé près de Marseille, servira de plateforme flottante pour tester la capacité de l’avion à manœuvrer sur l’eau, en contrôlant sa vitesse et la puissance nécessaire pour décoller depuis une surface liquide. Cette étape est cruciale, car la performance du décollage amphibie conditionne l’efficacité opérationnelle du futur bombardier d’eau.
Enfin, au printemps 2027, le FF72 se déplacera vers le lac de Biscarrosse, dans les Landes, pour évaluer sa capacité d’écopage. Ce dernier test consiste à mesurer le temps nécessaire pour remplir les réservoirs via des pompes installées dans les flotteurs. Plusieurs prototypes d’écopes seront testés afin d’optimiser leur dimension et efficacité. Le remplissage rapide permet de répéter les largages en combat contre les incendies, réduisant le temps d’inactivité.
Faits marquants du programme d’essais :
- Vols initiaux sur ATR 72 modifié débutant à Toulouse fin 2026.
- Essais amphibies à l’étang de Berre en 2027 pour tester vitesse et décollage.
- Tests d’écopage sur le lac de Biscarrosse au printemps 2027.
Grâce à cette méthode structurée, Positive Aviation vise à garantir la robustesse et la sécurité du FF72 avant de lancer la phase de production industrielle.
FF72-S et FF72-T : deux versions complémentaires pour répondre aux enjeux de la lutte anti-incendie
La stratégie de Positive Aviation repose sur la commercialisation de deux variantes différenciées de son bombardier d’eau basé sur l’ATR 72. Chacune répond à des usages spécifiques, offrant ainsi polyvalence et adaptabilité aux opérateurs.
FF72-S : la version amphibie scoop, un concentré de technologie pour l’écopage rapide
La version FF72-S se distingue par son système amphibie complet. Elle est équipée de flotteurs permettant à l’appareil de se poser sur l’eau, d’y écoper rapidement jusqu’à 8 000 litres d’eau en moins de 12 secondes, avant d’entamer un nouveau largage. Cette capacité est un atout majeur lorsqu’il s’agit de combattre des incendies dans des zones où les aéroports et pélicandromes ne sont pas facilement accessibles.
La rapidité de remplissage offre un avantage tactique incontestable. L’avion peut multiplier les rotations entre les points d’eau et les zones à feu sans retour au sol, augmentant l’efficacité globale des opérations. Cette agilité est essentielle face à la progression rapide des mégafeux qui caractérisent désormais la période estivale dans plusieurs régions du globe.
FF72-T : version tanker classique pour des largages plus volumineux
La version FF72-T, quant à elle, est une déclinaison sans flotteurs, plus légère et pouvant embarquer une capacité de largage plus importante, soit jusqu’à 10 000 litres. Elle fonctionne sur le modèle du Dash 8 tanker, nécessitant un ravitaillement au sol, généralement dans des aérodromes ou pélicandromes équipés.
Cette modularité permet de répondre à des besoins opérationnels diversifiés, depuis des opérations de grande envergure nécessitant de larges volumes d’eau ou retardant, jusqu’à des missions sur zones mieux équipées. La société prévoit la livraison du premier FF72-T d’ici l’été 2028, suivi de la version amphibie au printemps 2029.
Liste des avantages des deux versions du FF72 :
- FF72-S : autonomie amphibie, chargement rapide en vol, 8 000 litres d’eau, capacité d’intervention accrue en zones isolées.
- FF72-T : capacité de largage étendue à 10 000 litres, poids allégé, opération via infrastructures terrestres, adapté aux missions intensives.
- Permettre aux opérateurs d’adapter leur flotte en fonction des terrains d’intervention.
Industrialisation à Toulouse : perspectives économiques et impact sur l’aéronautique régionale
Positive Aviation s’est engagée dans une phase industrielle majeure, avec la création prochaine d’une chaîne d’assemblage de 7 000 m2 à proximité immédiate de l’aéroport Toulouse-Blagnac. Cette infrastructure comprendra quatre positions avions pour transformer douze ATR 72 par an, qu’ils soient neufs ou issus du marché de l’occasion, en bombardiers d’eau spécialisés.
L’investissement estimé pour la conversion d’un appareil est de l’ordre de 10 millions d’euros pour la version classique FF72-T, et peut atteindre 20 millions d’euros pour la version amphibie FF72-S, en raison de la complexité des modifications et de la fabrication des flotteurs. À terme, Positive Aviation envisage également d’implanter une usine dédiée à la fabrication des flotteurs à Vannes, dans le Morbihan, où la production pourrait atteindre 26 exemplaires par an.
Cette montée en puissance industrielle est soutenue par une levée de fonds initiale de 25 millions d’euros destinée au développement du prototype. Un second tour de table, de 60 millions d’euros, est en cours avec l’objectif d’atteindre 120 millions d’euros pour financer l’industrialisation complète d’ici la fin de 2026. Aucun obstacle financier majeur n’a encore freiné ce calendrier ambitieux.
L’implantation toulousaine de cette chaîne industrielle confirme le rôle central de la région dans le secteur aéronautique mondial, bien au-delà des activités traditionnelles d’Airbus. Positive Aviation illustre la dynamique d’innovation locale et son interaction avec les enjeux globaux de lutte contre le changement climatique et la protection des populations face aux feux de forêt.
Points clés de l’impact économique :
- Création de nombreux emplois techniques et industriels à Toulouse et ses environs.
- Valorisation du savoir-faire aéronautique régional par une start-up innovante.
- Renforcement du tissu industriel local avec la fabrication des flotteurs en Bretagne.
- Réponse souple et rapide à une demande mondiale accrue pour des avions anti-incendie.
Une solution française face à la pénurie mondiale de bombardiers d’eau
Alors que la crise climatique s’aggrave, la fréquence et l’intensité des incendies de forêt ne cessent d’augmenter, mettant en lumière une carence manifeste en équipements de lutte aérienne. Positive Aviation formule une alternative crédible et compétitive au Canadair, un appareil emblématique mais vieillissant. En misant sur la reconversion d’un avion robuste et fiable comme l’ATR 72, la start-up toulousaine développe un modèle économique et opérationnel adapté aux besoins actuels et futurs.
Le FF72, par ses deux versions complémentaires, répond à une problématique concrète : offrir une palette d’outils performants qui s’adaptent à la géographie, aux ressources disponibles, et au type d’intervention. L’innovation apportée par l’amphibie FF72-S, capable d’écoper directement sur l’eau, est un atout significatif face aux contraintes logistiques rencontrées sur le terrain.
Ce projet ouvre une nouvelle ère dans la lutte anti-incendie. Alors que la demande mondiale poursuit sa hausse, le développement d’un appareil toulousain positionne la France comme un acteur clé de la sécurité globale. L’approche pragmatique et innovante de Positive Aviation illustre la capacité de la filière aéronautique hexagonale à répondre efficacement à des défis aussi cruciaux que la protection des populations et des écosystèmes.